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Sortie de SADHU le 26 septembre prochain

Après trois ans de production, SADHU sort enfin en salle le 26 septembre prochain.

Suraj Baba est un sâdhu, un saint homme hindou. Il a renoncé aux biens terrestres en se retirant vivre dans une grotte à 3000 mètres au cœur de l’Himalaya. Après huit ans d’isolement et de méditations, il prend le risque de s’exposer à nouveau au monde. Pendant la Kumbha Mela qui réunit tous les 12 ans plus de 70 millions de pèlerins, Suraj décide de rejoindre les autres sâdhus, avant de confirmer ses vœux de renonçant par un pèlerinage de plusieurs mois. Au fil de son périple initiatique, le mysticisme indien est balayé par la sincérité de ce sage. Un sage qui ne veut plus l’être.

93MIN – Sortie en salles le 26 septembre 2012

LONG METRAGE DOCUMENTAIRE – 93MIN – septembre 2012 – SUISSE

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Haut Mustang 9

DANS LEUR SAC… RIEN… TOUT

Depuis qu’on a passé les 5000 mètres, les tempes tirent, le sang tape dans les oreilles et le froid mord férocement dès le coucher du soleil. Le visage croûté à force d’être tanné et retanné, les lèvres saignant de nouvelles gerçures, on a de la peine à se sourire ce soir. Grillés. Deux sâdhus ont aussi le mal des montagnes vomissent sans pouvoir reprendre leur souffle. Un souffle que l’on croyait tous s’être forgé mais qui manque soudain à cause de la mal nutrition. Un mois que je marche entre 6 et 12 heures, et presque une année pour les sâdhus. On en parle pas, mais on en chie vraiment là. Chacun rêve de son cocon, de son coin de grotte, ou de draps propres pour moi. Même eux qui ont tout leur temps, ils se mettent à compter les jours, chercher le chemin le plus court pour regagner un village. Les seuls à pouvoir véritablement profiter de ce paysage somptueux sont ces deux-là qui continuent leur pèlerinage vers la Chine, ceux qui n’ont pas d’autre « chez soi » qu’ici, maintenant, à chaque jour changeant.

La pluie est tombée avec la nuit et nous avons trouvé un couvert de tôles. Inespéré! Mais mes sâdhus ne s’en étonnent pas : Dieu met toujours la providence sur la route de ses fidèles. On s’entasse et se réchauffe à coups de pets qui rivalisent avec le tonnerre. Alors on rit. On rit de tout, comme pour ce prouver que ce froid qui nous gèle les articulations, que cette faim, que ce mal des montagnes, ce n’est rien. Selon leur dernière estimation, il nous faudra entre 10 et 12 heures pour atteindre les lacs sacrés. Selon eux, jamais on y arrivera avec cette pluie et les deux cols qui nous attendent à 5500 mètres. Alors que je reste collé à la carte, ils palabrent sur l’altitude, les kilomètres restants. Et ils n’arrivent pas à s’entendre, bien entendu ! Mais surtout, ils ne voient pas pourquoi une carte vaudrait plus que leur avis. Alors on est encore ici, sous ce couvert de tôles, entre 4000 et 7000 d’altitude, selon les estimation.

fumerai ma vie

jusqu’au filtre

et l’âme ma rasée

la lèvre brûlée

des cicatrices dans l’œil

la tripaille armée

je pisserai chaud

longtemps

Après les lacs de Damodar, trois d’entre eux pensent déjà traverser la frontière vers la Chine – sans permis, sans passeport – atteindre le mont Kaïlash, descendre sur le Cachemire et les grottes d’Amarnath, rejoindre le désert du Rajasthan, regagner le sud de l’Inde, remonter par Calcutta et le delta du Gange… Mon permis a échu il y a trois jours déjà, alors je n’ai plus rien à perdre non plus : tant que je pourrai les accompagner, je le ferai.

de sa dernière carotte

de lapin

il s’en cura l’oreille


KHUMBA MELA – 60millions de pèlerins

« Plus grand rassemblement religieux au monde, la Kumbha Mela est un pèlerinage qui a lieu tous les douze ans dans la ville d’Haridwar, au pied de l’Himalaya. Elle attire des millions d’ascètes hindous et pèlerins. »

Plus un seul espace dans les rues où se pressent les pèlerins. Plus un seul mètre carré pour poser une tente, plus une seule place dans les tentes. Dans des chaudrons monstrueux, des tonnes de riz et de lentilles – encore des lentilles – cuisent nuit et jour pour nourrir les millions de fidèles qui font leurs ablutions dans le Gange. On s’immerge, prie, boit trois fois l’eau rédemptrice, y baigne un enfant qui acquiert ainsi déjà son salut, on y soutient un vieillard emporté par le courant.

Des milliers d’ermites couverts de cendre sont venus à poils de leur coin de montagne. Et des millions de pèlerins ont économisé des années pour venir ici leur baiser les pieds. Ils s’entassent dans les trains et dorment dehors à Haridwar, tant les prix ont décuplé durant la période sainte. Ils sont plus de 60 millions – dix fois la Suisse dans une seule ville – à se baigner dans le Gange. 60 millions c’est 6000 tonnes de riz et 60’000m3 d’excréments disséminés au hasard des besoins.

Un mois pour être accepté au cœur des Sâdhus. À rire bêtement, peser chaque geste, chaque parole alors qu’eux hurlent et pètent en brandissant leur trident. Jouons aux sauvages. Des incantations, des magiciens qui disent jeûner trois vies durant, léviter, disparaître. Tout ça pour échapper à cette existence de douleur et aux désirs.

Moi, je ne suis pas magicien si saint, mais je les rejoins seulement dans cette existence à trois sous. Car moi, je ne suis pas un saint, je ne suis pas Indien, et je n’ai pas de castes. Je n’ai pas honte de désirer, d’aimer le vin, les filles bien trop belles et les steaks de vache sacrée.

Je crois que j’ai 31 ans. J’ai mal aux dents. Et j’ai besoin d’aimer.

Moi je ne crois en rien. Et je suis bien ce soir dans mes côtes

crasseuses, dans le campement des barbus sacrés.

Je ne lis plus, je n’écris pas. Trop à vivre.

Je n’ai pas de castes

J’suis toujours moins de chair qui sent toujours plus la chair.

J’suis bien avec rien,

Mieux avec peu

Heureux.