Haut Mustang 4

PERDU SUR LA LUNE

Jour ???

Je paierai cher pour rencontrer Mr. Paolo Gondoni. Grâce à lui et à ses cartes médiévales, je suis parfaitement perdu. Merci Mr. Gondoni, sans vous je n’aurai sans doute jamais traversé ces canyons fascinants. Si maintenant, sur votre carte farfelue, vous pouviez m’indiquer le moyen d’en sortir, ou l’adresse d’un bon lit, voire d’un peu de nourriture à glaner… parce qu’ici, c’est le désert ! Le désert depuis trois jours déjà.

Ce dernier mois de marche, j’ai perdu pas mal de poids, mais je me sens bien, au fond, au cœur de l’oignon. Parce qu’autour, je pèle couche par couche. Sur le nez et les oreilles, il ne doit bientôt plus rester que le cartilage – quelle idée de m’être rasé le crâne à Varanasi ! Le fameux vent du Mustang m’a complètement desséché. C’est lui qui doit inspirer les chevaux. Les nuages galopent de même de montagne en montagne, balayant leur ombre sur les monts comme une traîne jusqu’au Tibet.

Des collines lunaires, puis les montagnes à la Gaudi, falaises rongées par le vent qui deviennent canyons titanesques, faisceaux coniques de gravas, châteaux de sable construits par les titans, temples d’esprits invisibles que la mer a lavés, jadis, en laissant des traces de corail, de fossiles, de monde englouti. Royaume sous-marin où les flots sont devenus vent à 5000m.

14 h, Une puce

un vautour qui me lorgne en coin

une licorne

belle journée pour se perdre

J’ai rangé, je ne sais jamais où, cette puce que je conserve depuis la paillasse du dernier village. Je la nourris du mieux que je peux et on bavarde, quand elle veut, quand le vent n’emporte pas nos paroles. On bavarde un peu pour ne pas trop se sentir seuls.

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