VERS LE HAUT MUSTANG 2 – Col du Thorung la

Jour 10

Dernière nuit avant le col. Souffle trop court, air trop rare, ciel trop vaste : incapable de m’endormir. Quitté le camp de base bien avant l’aube qui s’est réveillée avec la mer de brume. On lève une dernière fois les yeux au ciel, avale un ultime pan de ciel et l’on est déjà englouti avec le monde. Là-haut, Shiva répète à son amie : « Oui ma chère, juste un nuage de lait le matin, mais pas de sucre surtout. Oh, là, dans ma tasse, une mouche qui nous regarde ! ».

5416 mètres. L’altitude exacte où les nuages font la course, nous éclaboussant de grésil au tournant, emportant les pics de l’Himalaya dans la poussière d’un virage. Avec les bouquetins, on les regarde passer, fascinés. On les voit monter au galop, les nuages, troupeaux moutonneux qui font un bruit sourd, si vaste qu’ils vous traversent sans prendre garde et nous laissent des perles de glaçons à la barbe. Monté si haut qu’on croyait avoir englouti le monde, pour voir un autre monde si haut, qu’il nous engloutit. À deux cols de là, c’est le Haut Mustang. J’y serai avant la nuit s’il n’y a pas de contrôle entre deux.

8 heures de marche sur la lune, dans de la caillasse crème, écrue, sous un ciel bleu sombre. On dirait des dunes de sable soyeuses, on voudrait les caresser. Puis, à voir les glaciers qui les dominent, on réalise soudain que  les grains de sable sont de monstrueux rochers et que, une fois de plus, on s’est trompé d’échelle. Une fois de plus on s’est pris pour Dieu. Il faut se faire une raison, rien n’est à notre mesure ici, l’homme n’est plus la mesure que de son orgueil.

Au fond du cratère, oasis de verdure et de civilisation. Mukhtinat explose au visage. L’irrigation a fait naître ces champs du désert. Des terrasses bien ordonnées, et, trônant sur chaque colline, un temple bouddhiste. C’est le lieux de pèlerinage privilégié autant pour les bouddhistes que pour les hindouistes. Depuis des mois les Sâdhus ont avancé pieds nus, vêtus d’un simple pagne, pour atteindre ces altitudes. D’autres Hindous ont porté sur leur dos une mère malade, qui retrouvera peut-être force ici à Mukhtina. Mukhtinat, ou le « Dieu de la Liberté ».

Publicités

Les commentaires sont fermés.