ADIEU SOEURETTE

C’est toi qui m’as assis sur un lit de corde un soir de 2005 en me disant « frangin, maintenant faut vraiment qu’tu parles notre langue ». Alors c’est toi m’as appris le Kalashamoun, là-bas, dans cette vallée de la frontière pakistano-afghane, cet hiver où j’ai trouvé une nouvelle patrie.

C’est toi qui n’en finissais pas avec tes histoires de gamine fantasque en diable et que je devais border jusque sous le nez pour qu’tu te taises, ces nuits d’hiver-là où il gelait à pas sortir un sapin. Toi qui te levais pourtant aux aurores et t’en allais pieds nus dans la neige pour couper le bois, allumer le feu et nous réchauffer le thé, à tes trois sœurs, tes parents et moi.

C’est toi qui n’arrivais pas à lacer ses chaussures dans NOMAD’S LAND, toi qui gaudriolais dans KALASH, toi que j’allais retrouver depuis cinq ans…

… toi qui es morte.

Elsina Bazik est morte le 28 mai à trois heures. La garçonne est tombée d’un pont dans l’eau généreuse du printemps. Je ne peux plus croire à l’éternel retour des saisons. Les contes, les mythes, ça manque de vrais cris ce soir.

T’avais pas dix ans Elsina, et la littérature a beau multiplier les métaphores verbeuses… …chier. On n’emporte pas un gosse qui rayonne plus qu’une bibliothèque.

D’ailleurs y a pas de mot Kalash pour Adieu.

Tu me manques à chialer soeurette

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