HOLI – LE FESTIVAL DES COULEURS

C’est barbaresque à souhait. Le soleil baille encore que c’est déjà l’orgie dans les rues. Ils ont renversé le monde ! Les gosses aspergent de couleurs leurs parents, les flics, les vieux. Les grands-mères dansent sur des rythmes de techno hurlés par des hauts-parleurs gigantesques.

De la poussière de couleurs jaillit de chaque coin de rue, de chaque main, des seaux de peinture sont vidés par les fenêtres, projetés par des pistolets à eau, dispersés sur la foule bigarrée. Même les vaches sacrées en prennent plein le museau. C’est un jour de relâche dans le jeu quotidien de la société.

Sous ces couches de couleurs, il n’y a plus de castes, de noirs, de blancs. Les gueux sont des maharajas et les rois des gueux. Tout est enfin possible. Dans chaque chaumière, on vous prie de bien recevoir un peu de poudre de couleur en guise de bénédiction, puis un thé, des biscuits au miel, mais, une fois dans la rue, on ne vous prie plus. On vous bénit de gouache à l’envi, vous asperge d’encre ou d’acrylique indélébile. Après quelques secondes, j’étais barbouillé de la caméra aux orteils. Après quelques minutes, on m’avait arraché ma chemise et monté sur un char de carnaval comme un sapin de Noël.

J’ignore si les bergères de Krishna perdirent aussi vite leur robe, mais une telle débauche des sens, une telle libération d’instinct et de vie est définitivement sacrée quand le monde est trop bien rangé.

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