LES KALASHS

Les musulmans les nomment « infidèles ». On les dit aussi descendants d’Alexandre le Grand, en raison de leurs yeux clairs et de leurs rites païens – mais « C’est des couilles ! », comme le confirmeront les plus raffinés des anthropologues. Conformément à leur tradition et aux plus récents travaux ethnologiques, les Kalashs appartiennent à une vague d’Ariens qui, deux mille ans avant notre ère, migrèrent (d’une région entre le Caucase et les montagnes perses du Zagros) vers les montagnes de l’Hindukush.

Dès le XIVème siècle ap. J-C., les mahométans firent tout pour les convertir, de gré ou de force. Décimés dans des bains de sang, contraint de quitter leur tradition suite à des pressions financières, ou simplement mariés avec des musulmans, les Kalashs on passés de 300’000 à 3’000 ces derniers siècles. Le vaste territoire du « Kafiristan » (étymologiquement « la terre des païens ») se nomme dès lors « Nuristan » (« terre des lumières… de l’Islam ») .

Aux abords des villages, comme dans leur district de Chitral et dans l’ensemble du Pakistan, personne ne saura vous dire quel est le nom de leur Dieu, quelle est leur culture, leurs tourments. De nos jours, les Pakistanais en parlent comme d’une tribu qui produit de l’alcool – interdit partout ailleurs – et dont les femmes sans voiles dansent le sourire aux lèvres. Les rares musulmans qui y sont allés photographient ces « dépravées » qui ne les ont même pas regardés, et se targuent devant leurs amis d’avoir jouis d’elles. Ces rares qui en reviennent parlent de discos, de bars et de danseuses nues, alors que, dans ces petits villages de montagnards, on danse uniquement entre amis, on se marie entre Kalashs, par choix, on travaille dur pour gagner un pain, et l’on n’a jamais entendu parler de disco. Les rares qui les ont vus reviennent donc déçus après une nuit où ils n’ont pas vu de bars ni de prostituées. Ils remportent leur première gueule de bois et aucune idée du rythme de vie kalash.

Najiba dans les pâturages Kalash, à la frontière de l'Afghanistan

Si le terme Kalash qualifie certes une ethnie, il détermine surtout de nos jours une religion puisque les vêtements et le quotidien des Kalashs sont directement liés à leur croyance : chants et offrandes pour le retour d’un printemps fécond, pour le retour du Dieu Balémaïn, pour que les morts soient remplacés par des naissances… Durant l’hiver, les fées nettoient les glaciers et punissent à coups d’avalanches quiconque les troublera. Chaque homme et être spirituel a pour devoir de s’employer à l’éternel retour de toute chose.

Voilà ce que nous apprendra Najiba, cette jeune Kalash de quinze ans qui découvre que, malgré les saisons qui se répètent et le cycle de leurs cultes, le cercle des âges risque d’être brisé, l’éternel retour de leurs chants rompu et l’avenir des derniers infidèles de l’Hindukush compromis.

Comme dans de nombreuses minorités de la planète, la culture kalash est entre les mains de la nouvelle génération qui, si elle perpétue certes les rites sacrés et porte encore le costume traditionnel, a dès lors le choix de résister. Les conversions ne se font certes plus dans le sang mais les pressions musulmanes n’en sont pas moins omniprésentes. Plus que les sermons engagés du professeur d’Islam et des mollahs, c’est surtout la modernité qui fait que l’on délaisse les coiffes traditionnelles pour des casquettes Nike.

Par romantisme, nous sommes tous touchés par ces minorités dont la tradition est sur le point de disparaître, et nous voudrions parfois les faire perdurer malgré elles – quitte à les maintenir dans des huttes sans électricité et en leur clamant qu’elles souffrent pour le bien de leur culture. Mais Najiba a le choix.

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